Petit historique d’une crise politique …

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Alternative Libérale a été fondé en mars 2006, à l’occasion d’une grande messe dans la salle parisienne “La Cigale”. Il est alors l’oeuvre d’une bande d’amis, et plus particulièrement Edouard Fillias et Aurélien Véron, deux ex-acteurs principaux du mouvement Liberté Chérie.  Edouard Fillias est un jeune sciences-po-HEC de 26 ans, Aurélien Véron un cadre de banque de 40 ans. Edouard est un “jeune vieux”, qui parle déjà comme une sorte de Balladur à moins de 30 ans, Aurélien est un “vieux jeune”, qui prend un grand plaisir dans cette nouvelle aventure. Edouard aime la lumière, il participe à une émission de “grandes gueules” à la radio et enseigne à sciences-pipeau – c’est un gros bosseur. Aurélien est plutôt un homme de réseaux, ouvert aux autres et se donnant à fond par passion et par curiosité.

Dès le départ, les pères fondateurs s’entourent d’amis pour diriger le parti. Par exemple Ludovic Lassauce, un vieux copain d’Edouard, du même âge que lui et qui s’occupe de marketing dans une ex-start-up qui a survécu. Ou encore David Poryngier, un autre copain d’Edouard, associé dans une petite boîte de création informatique. Et il y a aussi Sabine Herold, également une science-po HEC, avec laquelle Edouard se mariera peu après.

L’an un d’Alternative Libérale est plutôt un succès, tout ce petit monde va beaucoup s’amuser dans les mois à venir. On va trouver des donateurs, lancer des idées, recruter des membres et commencer à passer un peu dans les médias. Pendant la préparation des élections présidentielles, un vent d’enthousiasme souffle sur les jeunes troupes du parti. Edouard Fillias, est mis en avant – dans la mesure des faibles moyens dont on dispose – en tant que candidat aux présidentielles. Il y prend beaucoup de plaisir, il aime les projecteurs.

Mais la déception est grande: toutes les signatures ne sont pas réunies, Edouard ne sera pas un vrai candidat. Les germes de la crise au sein d’Alternative Libérale sont alors en place. Cela commence par le choix du candidat pour lequel Alternative Libérale appellera à voter (ou le choix de n’appeller à voter pour personne). Les divers responsables du parti sont plutôt divisés: Sarkozy est le candidat le plus proche des libéraux “économiques”, Bayrou partage l’analyse des libéraux sur la réforme des institutions, Royal est la favorite d’une poignée de “libéraux de gauche” qui sévissent au sein d’Alternative Libérale. Mais Edouard a tranché, ce sera Bayrou. Officiellement, en raison de ses propositions sur les institutions. Officieusement, il faut penser aux législatives et le Modem est en mesure de proposer une investiture à un membre éminent du petit parti.

Ce qui choque les militants et de très nombreux cadres du parti, c’est l’appel à voter pour un candidat qui n’a rien de libéral, mais aussi la façon dont cette décision a été prise. Les militants n’ont pas été consultés. Edouard Fillias a “convaincu” ses bons amis au sein de l’instance dirigeante que c’était le bon choix et ses amis pensent qu’Edouard à toujours raison. Devant plusieurs responsables il a ouvertement expliqué que l’avis des militants n’avait pas d’importance. C’est son style.

Pendant les quelques mois qui suivent l’élection de Nicolas Sarkozy et l’hécatombe des petits partis aux législatives, Alternative Libérale est déprimée. Le mécontentement des militants a fini par arriver aux oreilles des dirigeants et la cote de popularité d’Edouard est en chute libre. Ce dernier finit par se laisser convaincre qu’il faut réformer le parti afin d’y insuffler plus de démocratie interne. Un semblant de processus démocratique de création de nouveaux statuts est mis en place, mais le projet qui est finalement proposé à l’assemblée générale des adhérents est le travail d’un nombre restreint de personnes et a fait l’objet d’une censure extensive par Edouard. En particulier, plusieurs clauses instaurant un contrôle des pouvoirs sont éliminées d’un trait de plume.

Les nouveaux statuts prévoient un bureau de 8 personnes. Une liste est constituée par Edouard Fillias, dans une situation de tension avec Aurélien Véron, qui tente de le convaincre de ne pas se présenter comme président. Aurélien ne veut pas risquer une vraie crise interne avec des listes fortes en opposition, l’une menée par lui-même et soutenue par les nombreux mécontents du choix de l’élection présidentielle, l’autre menée par Edouard avec sa femme, de plus en plus populaire au sein du parti après de nombreux passages médiatiques. Une telle crise pourrait signer l’arrêt de mort du parti, étant donné le niveau de mécontentement des militants et des donateurs.

La liste qui gagnera les élections internes du Bureau est donc constituée essentiellement par Edouard Fillias, qui choisit 6 de ses membres, à l’exception d’Aurélien Véron, tête de liste, et de Laurence Petit. Elle comprend notamment les copains d’Edouard, Ludovic Lassauce et David Poryngier, ainsi qu’un de ses grands admirateurs, Jean-Paul Oury. Au Conseil National, les élections donnent une large majorité aux listes des mécontents du choix de Bayrou. Le personnage du parti le plus médiatisé après Edouard Fillias, son épouse Sabine, est pourtant désignée comme Premier Conseiller. A priori, le pire est donc évité pour la faction Fillias, tout est plus ou moins sous contrôle.

Comme il fallait s’y attendre, le Bureau constitué en octobre 2007 ne fonctionne pas. Pourtant le parti aurait bien besoin d’un véritable élan pour être redynamisé: les comités locaux sont démoralisés et les comptes du parti affichent une perte seche de 60.000 euros ! Dès le premier jour, Aurélien Véron constate que le chemin sera difficile: l’informatique et la communication interne sont vérouillés par David Poryngier, la communication externe est vérouillée par Jean-Paul Oury, la comptabilité est opaque. Chaque nouveau projet entamé par Aurélien fait l’objet des critiques d’Edouard, reprises en coeur par David, Ludovic et Jean-Paul. Et Louis-Marie Bachelot, autre membre du Bureau, est généralement absent. Aurélien est donc bien seul, ce qui ne l’empêche pas de se lancer dans un vaste projet de renforcement des comités locaux et de création des fédérations, dont se désintéressent les amis d’Edouard Fillias. Il cautionne personnellement le parti auprès de la banque et se bat également, en agitant les réseaux, pour combler le déficit catastrophique, qui est divisé par deux après quelques mois.

Les choses vont mieux mais après environ 4 mois de présidence, Le Bureau n’avance plus. On est en pleine campagne des municipales et la préparation de listes pour Paris est un échec en raison des tirs de barrage de la faction Fillias, qu’un succès de la présidence d’Aurélien priverait progressivement du pouvoir. Pire encore, Ludovic Lassauce explique à la télévision qu’il votera Delanoe, provoquant un flot de protestations des militants et les ricanements de l’establishment politique parisien (pour peu que celui-ci s’intéresse à la question).

Les statuts ne permettent pas au Président de dissoudre le Bureau. Pour mettre fin à cette situation, Aurélien Véron décide donc de convoquer une assemblée générale des adhérents pour dissoudre le Bureau, début février 2008. Pris de court, les quatre membres du Bureau inféodés à Edouard Fillias démissionnent quelques jours plus tard, provoquant une nouvelle élection du Bureau. La confrontation qui aurait dû avoir lieu en octobre 2007 aura donc lieu en février 2008. Ce sera le clan Fillias, menée par Sabine Herold-Fillias, contre une équipe nouvelle, constituée par Aurélien Véron. Résultats mi-mars. Alternative Libérale passera-t-elle de la secte au parti politique ?